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    " Il y a vingt ans, je me suis posé. Je suis devenu gadjo ".

     

     

          Curieux bonhomme. Voyageur, Émile DUVILLE, 62 ans, a " longtemps roulé. Puis, il y a vingt ans, je me suis posé. Je suis devenu gadjo." Il en avait assez des " heurts " avec les gendarmes ou le voisinage dès qu'il installait sa roulotte quelque part. " On dérange, c'est sûr, dit-il, malicieux. On nous aime bien à la télévision. Mais, dès qu'on arrive dans un coin, on est repoussé dans un autre. Ah ça, la vie nous mord. Qu'est-ce qu'on entend ! Il faut être philosophe, je vous le dis. "

         Sa famille ayant été dispersée dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, Émile Duvil a été recueilli tout bébé par l'assistance publique. " Je suis pupille de la Nation. On m'a élevé dans la crainte des bohémiens ", rigole-t-il. Mais même moulé dans une autre culture que la sienne, il n'a jamais oublié ses origines. Après une formation de tailleur de pierre, dix ans passés en Afrique Noire, " à faire un peu de tout, de l'alphabétisation, de l'agriculture, l'ingénieur des ponts et chaussées... ", Émile Duville est parti à la recherche de son père. " Il était pasteur évangéliste tzigane avec la responsabilité d'une trentaine de caravanes. J'avais 28 ans quand je l'ai retrouvé. Je l'ai suivi. Puis j'ai pris une épouse. "

     

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     " J'ai suivi mon père. Puis, j'ai pris une épouse. " (atelier de vannerie chez Emile, 2013 ; photographie NR 41)

         Il pourrait parler des heures entières de ses années de bohème. D'où n'émerge qu'un seul regret : la difficile scolarisation des enfants. Lui qui en a huit, l'école, c'est son cheval de bataille. " C'est impératif. il faut que les gens du voyage comprennent que tout a évolué. Aujourd'hui, c'est l'époque d'Internet. La personne qui reste dans les chemins creux, qu'est-ce vous voulez qu'elle comprenne au monde qui l'entoure ? " Plusieurs fois, Émile Duville a tenté de scolariser normalement ses enfants. " Mais ou c'était l'administration qui me faisait repartir. Ou c'était la grand-mère, en bonne bohémienne qu'elle était, qui disait " ça suffit ! " Connaissant quelques ennuis de santé, il a fini par se sédentariser à Montoire. longtemps, il y a été employé de commune, vivant avec sa famille dans une cabane au pied de la cimenterie. Il y a deux ans, il a acheté une petite maison " tranquille " à deux pas de la déchetterie. " Deux chambres en haut, une salle d'eau, une salle à manger, c'est suffisant. On vit dehors de toute façon. " Ses enfants ont planté leurs caravanes dans le jardin.

         Chez les gens du voyage, Émile Duville fait un peu office de patriarche. On vient le consulter " pour comprendre ce que dit le docteur ", un courrier administratif, un problème avec les autorités. " Je suis devenu un médiateur un peu par la force des choses, parce que j'étais instruit ", explique cet autodidacte, qui a tout appris seul, sur le tas, en lisant. " Il faut lire, beaucoup lire. On peut s'instruire autrement qu'à l'école. Le truc, c'est de vouloir. " Dernièrement, il a participé aux commissions qui ont planché sur le schéma départemental des aires d'accueil pour les gens du voyage. Son avis ? " Mitigé. Il manque beaucoup de places, ça va créer des encombrements. " Émile Duville ne veut pas " cracher dans la soupe ". Mais il prévient : " Surtout pas de paternalisme. On ne peut pas mettre n'importe qui pour gérer les gens du voyage. Ils n'ont pas la même façon de penser et surtout de s'exprimer. " Il souhaite aussi quand il voit cette " liberté qui s'arrête de plus en plus, qu'on n'empêche pas les voyageurs de voyager. On ne peut pas rayer nos origines d'un coup de balayette ".

         Avec un brin de fatalisme, il prédit qu'ils finiront tous par se sédentariser " un jour ou l'autre. Ca n'empêche pas de rester tzigane. C'est l'âme qui compte ".

     

    Beau portrait de Yann-Armel HUET pour La Nouvelle République du Centre-Ouest (Loir-et-cher), en date du 10/02/2007

     

     

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    Émile anime des stages de vannerie à la maison botanique de Boursay (41)

    Voici l'annonce :

     

     

    Initiation à la vannerie et réalisation d’un panier gitan, à fond plat. Ce stage sera animé par Emile Duville.

    Inscription : 02 54 80 92 01,

    mail: contact@maisonbotanique.com

    site: www.maisonbotanique.com

    Consulter l'association pour davantage de détail et pour savoir si le stage est reconduit.

     

     

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    J'ai rencontré Émile Duville le 21/02/09 au cours de vannerie organisé par la maison botanique de Boursay (41). C'est un homme d'une profonde humanité. Un homme simple et jovial.

    " Si vous saviez ce qu'il y a au fond de mon coeur... S'il y avait beaucoup de bonhommes comme moi dans le monde, non il n'y aurait pas de dispute [pas réussi à retrouver le mot exact !]

    Les noms des villages

    Nous ne donnons pas le mêmes noms que vous aux villages traversés [par les roulottes d'alors] : nous les baptisons d'un mot, d'une expression qui désigne un évènement qui a profondément marqué notre communauté dans ce village. Cela peut-être un accident (un bras ou une jambe cassée), 

      Exemple : le Doigt (village où le monument aux morts comporte un soldat qui pointe de son doigt le ciel), la selle (un bourg où est installé un marchand de selles à chevaux)

    Les villages sont bien souvent défigurés. On n'a pas le droit d'enlever les témoignages que nous ont laissés nos parents.

     

    Dieu et ses "maisons"

    " Moi je crois en Dieu. Je crois qu'il a des petites maisons dans certaines personnes, dont je suis. Tous ce que je fais : les associations bénévole, les prisons, les interventions, si vous saviez messieurs dames tout ce que je fais en bénévole. Je le fais parce que Dieu à sa maison en moi."

    Denis Toulmé, administrateur Filsduvent.kazeo.com

     

       

    Page mise à jour dernièrement le 18/08/2017

       

     

     

     

    Liens :

    Un gadjo, des gadje, qu'est-ce que c'est ? http://filsduvent.kazeo.com/vocabulaire/gadjo-gadje,a485270.html

    Un témoignage sur les camps de concentration, celui de Germaine Tillon à Ravensbrück : http://filsduvent.kazeo.com/samudaripen-genocide-des-tsiganes-durant-ww2/la-france-toujours-muette-sur-le-genocide-tsigane,a485233.html

    Un texte de Francisque MICHEL relatif à la crainte inspirée par les Bohémiens, une crainte empreinte de racisme de la part des sédentaires : http://filsduvent.kazeo.com/non/les-bohemiens-conte-par-francisque-michel,a485446.html

    Émile DUVILLE semble avoir oublié ou escamote-t-il sciemment ce dicton hongrois / tsigane où il est question de Tsigane avec ou sans cheval ? : http://filsduvent.kazeo.com/dictons-proverbes-sentences/tsigane-sans-cheval,a485475.html

    ....ou bien la maxime de Jean Richepin, fin connaisseur de l'âme tsigane : http://filsduvent.kazeo.com/dictons-proverbes-sentences/le-rom-ne-se-fixe-que-pour-pleurer,a485477.html

    évangéliste ou évangélique ? ne pas confondre ! : http://filsduvent.kazeo.com/spiritualite-mythologie-cosmogonie-tsigane/la-mission-evangelique-tsigane,a485246.html

    Qu'est-ce que Le schéma départemental de réalisation des aires d'accueil pour les gens du voyage http://filsduvent.kazeo.com/stationnement-aires-d-accueil/schema-departemental-de-realisation-des-aires-d-accueil-pour-les-gens-du-voyage,a485034.html

    C'est Tzigane Habitat qui gère les aires d'accueil pour les gens du voyage en Loir-et-Cher (41) : http://filsduvent.kazeo.com/bienvenue-chez-nous/Tsigane-Habitat-ca-vaut-quoi,a485016.

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