• Curieux Gitano de Steinbeck

     

     

    Exilé ? Sans repère et rempli de contradictions :

    le Gitano de Steinteck

     

     

     

              " A ce moment, une forme mouvante attira les yeux de Jody [10 ans]. Un homme franchissait à pas lents le sommet de la colline sur la route venant de Salinas, et il se dirigeait vers la maison. Jody se leva et descendit aussi vers la maison car s'il venait quelqu'un il voulait être là pour le voir. Jody était déjà à la maison que l'homme n'était encore qu'à moitié chemin sur la route, un homme maigre, très droit d'épaule. Jody n'aurait pu reconnaître qu'il était vieux n'eût été le fait que ses talons frappaient le sol avec des saccades brusques. Quand il fut plus près, Jody vit qu'il était vêtu d'un pantalon et d'une veste en serge bleue. Il portait des chaussures grossières et un vieux chapeau Stetson à bord plat. Il avait sur l'épaule un sac de jute bourré jusqu'au bord. Au bout de quelques instant il s'était suffisamment approché, de son pas traînant, pour qu'on puisse voir son visage. Ce visage était bruni comme du boeuf séché. Sa moustache, d'un blanc bleuâtre à côté de la peau fonçée, retombait sur sa bouche, et ses cheveux, blancs également, recouvraient sa nuque. La peau de sa figure s'était ratatinée sur l'ossature si bien qu'elle dessinait le contour des os sans aucune trace de chair et qu'elle faisait paraître le nez tranchant et fragile. Les yeux étaient grands, profonds, sombres, sous des paupières très tendues. Les iris et les pupilles ne faisaient qu'un, très noirs, tandis que le blanc des yeux était brun. Il n'y avait pas une seule ride sur le visage. Ce vieillard portait une veste de serge bleue qu'il avait boutonnée jusqu'au cou par des boutons de cuivre, comme font toujours ceux qui n'ont pas de chemise. Des manches, sortaient des poignets robustes et osseux, et des mains noueuses et dures comme des branches de pêcher. Les ongles étaient plats, courts et luisants.

       Le vieillard s'approcha de la barrière et déposa son sac à terre quand il se trouva vis-à-vis de Jody. Ses lèvres s'agitèrent légèrement et une petite voix impersonnelle en sortit.

       - Tu habites ici ?

       Jody était intimidé. Il se retourna pour regarder vers la maison, puis vers la grange où se trouvaient son père et Billy Buck.

       - Oui, dit-il en ne voyant venir de secours d'aucune des deux directions.

       - Je suis revenu, dit le vieillard. Je suis Gitano et je suis revenu.

     

    [...]

    Gitano était mystérieux comme les montagnes. Il y avait des chaînes de montagnes aussi loin qu'on pouvait voir, mais derrière la dernière chaîne entassée contre le ciel il y avait un grand pays inconnu. Et Gitano n'était qu'un vieillard avant qu'on ne rencontre ses yeux noirs et éteints. Mais, derrière ces yeux-là, il y avait une chose inconnue. Il n'en disait jamais assez long pour qu'on puisse deviner ce qu'il y avait à l'intérieur, derrière ces yeux... "

     

    Dans Le poney rouge de John Steinbeck, Gallimard, 1946

    Notez l'importance des couleurs dans la description de première partie. Les contrastes soulignent à la fois la silhouette atypique de Gitano et l'embarras de l'enfant.

     

    Un monde inconnu derrière ces yeux...

    Gitano aux Saintes © Copyright  Simone Boddi 

     

     

    Liens :

    Autre portrait dans la littérature, le violoniste tsigane :

    Le Village oublié - 4 années en Sibérie, Alsatia, 1950. Ouvrage de Théodore KRÖGER : Bonheur et magie de la musique tzigane

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