• Gitano (souvenirs)

                  

    "Gitano", c'est une histoire au gré des souvenirs, pas forcément dans l'ordre ; un puzzle imbriqué ne sait comment. C'est...  la vie.

     

       Il a réussi à me parler des nuages, de quelque chose qui se situait derrière. Je ne saisissais pas le contexte, j'avais du mal à évaluer ses positions.
    J'ai ressenti le bonheur à plusieurs reprises à l'écouter, à communiquer avec lui. Heureux comme il ne l'était que peu souvent, Gitano, m'imaginais-je...

    **********

     Ca a eu lieu voici bientôt vingt ans. Je me souviens de ma première voiture : une R4, dite "4L".
    Pourquoi je me trouvais là ce jour précis ? Ma mémoire me trahit. Toujours est-il que je me vois sur un pont enjambant le vieux Cher. peut-être était-ce pour estimer l'état du trou d'eau en cet été finissant ? Car, à cette période, mon grand plaisir, accompagné de mon ami Vincent, était de "crôner", c'est à dire de pêcher à la main des poissons*. Sans me vanter, j'étais devenu une sommité dans cet art.
    Ne voilà-t-il pas qu'encontrebas de ce pont, j'avise un jeune homme qui s'exerce à mon activité favorite. Au début, il ne m'avait pas vu, aussi, je pus apprécier ses qualités d'attente et d'agilité. Etait-il seul ? D'où venait-il ? Je connaissais les braconniers à plusieurs kilomètres à la ronde. Mais, jamais je n'avais vu ce type. Je décidais donc de l'espionner un peu. Mais il finit par m'apercevoir et de vouloir filer pour se cacher...

    *On peut voir un cours de pêche à la main dans Swing, le merveilleux film de Tony Gatliff

    **********

    Ca ne mordait pas des masses notre affaire. De poisson, quetchibal*. J'avais envie de l'emmener sur mes terres mon nouvel ami. Là, je lui aurais fait voir. Comment on attrapait le barbillon dans les algues longues serpentant dans le courant. Mais, d'un autre côté, j'avais peur qu'il me le chippe, mon terrain giboyeux. Il aurait amené là toute la tribu et pratiqué la technique de  la terre brûlée. Je ne voulais pas prendre ce risque.
    Je réussis à convaincre mon nouvel ami sourd-muet de monter dans ma voiture afin de le ramener parmi les siens. Non sans auparavant avoir fait un détours par le bureau de tabac.

    * Quetchibal : littéralement "rien du tout" en langage d'alors.

    **********

     

    Gitano, c'était Duris en (beaucoup) plus malchanceux

     

    Alors, on est arrivé au campement des Gitans. Dans ma mémoire, je vois des caravanes et des roulottes clairsemées, entre 6 et 10 unités. Je me gare, stupide, comme un gadjo que je suis. Et là, je pénètre dans un autre monde. Des vieilles femmes et de rares petits enfants vont à leurs occupation tandis que Gitano explique comme il peut le pourquoi de son arrivée en voiture.
    Aussi sec, de jeunes Romanichels me tombent dessus me demandant de les emmener samedi soir au bal.
    - Oui, peut-être, je n'avais pas songé à aller vraiment dans cette direction mais..?

    **********

    Gitano pouvait avoir dix-huit à vingt-cinq ans. Il était beau comme la jeunesse sait produire des hommes. J'aurais voulu lui dire ce que je connaissais de la pêche. Sa surdité m'en empêchait. Il voulait exprimer son contentement de m'avoir rencontré ; de sa bouche ne sortaient  que des bruits inquiétants ou...

    **********

    Et puis, mon nouvel ami s'est littéralement dissous dans le campement. Il est allé retrouver les jeunes femmes, les infirmes peut-être, tout le mystérieux de sa tribu dont je n'avais plus devant les yeux que la partie visible de l'iceberg.
    - Tu peux venir nous chercher samedi soir, pour aller au bal ?
    - Il y a un  bal tu peux venir !
    - Samedi
    Et je n'étais plus en relation...

    **********

    Gitano, c'est le prénom que j'ai choisi pour mon ami qui, étant sourd et muet, ne parlait que par onomatopées ou quelques sons qu'il avait l'habitude de produire. Sons accompagnés de mouvements de mains et de bras. Comme il était émouvant de le regarder et de l'écouter s'exprimer avec ses moyens. Et cependant, une crainte irrépréssible montait en moi. Comment Gitano avait-il réussi à vivre jusqu'ici ? Que faisait-il tout seul, loin de chez les siens quand je le trouvai ?

    « Un proverbe gitan qui ne se montre pas tropRelations tendues entre nomades et sédentaires »

  • Commentaires

    1
    visiteur_la nina du
    Lundi 7 Mai 2007 à 15:05
    tré tre bella histoir moi mem soy ritana de nimes dane le gard jai bocou aimer moi mes paren y savon pa lire mai moi ja apri tchoummm plin d courage por la suitre
    2
    visiteur_kinzy
    Mercredi 19 Décembre 2007 à 23:56
    SLT SA VA JE CONN2 UN sour et mouet
    ki vi tjr en roulpte tien mon adresse msn kinzy35@hotmail.fr
    3
    Caillie Profil de Caillie
    Mercredi 18 Août 2010 à 22:41
    Une belle aventure de vie aussi, celle de Cyril DELACOUR sur son site :

    http://www.floue.net/portrait-de-vie-tsigane/
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