• La fête tzigane spontanée en Yougoslavie

     

    Une fête tzigane improvisée en Yougoslavie

     

     

        Au bord de la Moraya dans une région sauvage et montagneuse de l'ex-Yougoslavie, un Tzigane emmène deux jeunes parisiennes d'origine franco-yougoslaves, en vacance, dans la forêt, en visite chez une de leurs cousines. Ils arrivent bientôt dans un village tzigane...

     

                  " Soudain, on se tut : un rythme lent et sauvage frappé avec vigueur sur la peau d'une grosse caisse martelait le ciel. Puis le son grave du tuba, scandé par les coups de la caisse, trembla, émouvant et naïf et disposa les corps à la danse. Les Tziganes sortaient des maisons et, se tenant la main, formaient la ronde autour des musiciens. Les enfants, saisissant les deux cousines, couraient se mêler aux adultes, quand, le rythme étant devenu plus vif, les trompettes chantèrent.

        Cette musique, lascive et rude, où se joignaient l'Orient et l'Occident, portait des siècles de guerre et de volupté. Les danseurs, pour la plupart ignorants de ce lointain passé, mais subissant le charme d'un chant éternel, sinclinaient, se redressaient, glissaient d'un pas agile et compliqué.

        Les enfants, filles et garçons, rompaient la chaîne des adultes pour entrer dans la danse et, sans hésiter, ils traçaient au-dessus de l'herbe les subtiles arabesques du kolo.

        Ils avaient entraîné les cousines. Étourdies de fatigue, elles se laissaient conduire. Elles remuèrent d'abord avec peine leurs jambes écorchées, mais le mouvement était si uni et spontané qu'il les enleva bientôt, plus légères.

        Le vacarme de la caisse prit fin. Elle ne fut battue qu'à de longs intervalles. Le tuba ne marqua plus le rythme que d'un son étouffé, comme lointain et, après quelques mesures dont le tempo s'accéléra, un solo de trompette, acide, allègre, emporta les danseurs. Les filles levèrent la tête vers les musiciens et virent le Tzigane qui les avait menées lancer au ciel son chant d'amour et de liberté. Ses doigts couraient sur les pistons, ses joues soufflaient l'air d'une force exactement mesurée, sa bouche gonflée modulait avec science l'antique mélodie serbe. Les jupes des femmes, qui descendaient sur leurs pieds nus, faisaient des vagues colorées, poudrées de soleil. Si bien accordé aux accents de la trompette, le mouvement de la ronde était lui-même comme une musique visible.

        Sur une ultime note cuivrée, le kolo cessa. Les danseurs, enthousiastes, applaudirent, s'embrassèrent, s'étreignirent.

        Il y eut d'autres kolos et toujours l'art sublime du Tzigane les amenait à leur perfection.

        Les corps apaisés se désunirent, hommes et femmes félicitaient les musiciens et bavardaient en regagnant, par groupes, les maisons.

        Les deux cousines restaient près du Tzigane, le regardaient avec admiration, sans oser lui parler.

        Il rangea la trompette dans son étui, qu'il fixa à une selle. Ayant fait ses adieux à ses compagnons, il fit monter les deux enfants sur les chevaux et il reprit la marche... "

    Pp 53-57 In Les Chevaux du Tzigane de Jacques Delzongle, L'école des loisirs, 1983.

     

    Qu'est-ce que le kolo ?

    Dans la Serbie Centrale, les Rroms dansent en cercle, se tenant par les mains, la danse appelée le kolo. Il existe un grand nombre de kolos différents qui font, pour la plupart, partie des danses folkloriques des pays balkaniques et de la Roumanie. Les Rroms en dansent quelques uns.

     

     

    Men's kolo dance led by Vojvoda with flag. Man with back to camera holds a rakija bottle. In Labuniste Orthodox wedding.
    Village: Labuniste
    Date: 1962

     

     

    En savoir plus sur cette danse... Le site de Simona Jovic regorge d'infos sur les danses tziganes

     

     

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