• Mistral en voyage vers les Saintes-Maries

     

     

    Frédéric Mistral, alors âgé de 25 ans, a l'idée de faire le pélerinage aux Saintes-Maries

     

     

          J'avais toute ma vie ouï parler de la Camargue et des Saintes-Maries et de leur pélerinage, mais je n'y étais jamais allé. Au printemps de cette année là (1855), j'écrivis à l'ami Mathieu, toujours prêt pour les excursions : Veux-tu venir avec moi, aux Saintes ?

    - " Oui ", me répondit-il. L'on se donna rendez-vous à Beaucaire, au quartier de la Condamine, d'où tous les ans, le 24 mai, partait une caravane pour les Saintes-Maries de la Mer ; et avec une multitude de femmes, de jeunes filles, d'enfants, d'hommes du peuple, tassés sur des charrettes, un peu après minuit nous nous mîmes en route. Je vous laisse à penser si les carrioles avaient leur charge : nous étions sur la nôtre quatorze pélerins.

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    Les compères sympathisent avec le charretier qui leur parle du métier et du "bon temps". Puis, ils s'intéressent à une jeune fille, accompagnée de sa mère, qu'ils découvrent malade d'amour pour son " Cadet ". Le gredin l'avait enlevée *; ensuite il l'a plantée là pour en aller voir une autre... Il paraîtrait qu'elle n'a plus sa tête à elle.

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    Mistral et son compagnon partagent leurs vivres avec les deux dames mais c'est par la force des choses qu'ils sont amenés à davantage de promiscuité. En effet, la pluie les surprend en voyage. Ils doivent bientôt poursuivre à pied les femmes sur le dos des hommes. Mistral est épris de la jeune femme. Mathieu et lui se relaient pour la porter ainsi que sa mère.

    J'avais beau, moi, lui parler, lui faire en tapinois mes petits compliments, elle ne m'entendais pas et ne me voyait pas... Mais sa bouche haletait sur mon cou, sur mon épaule et je n'aurais eu vraiment qu'à tourner un peu la tête pour lui faire un baiser ; sa chevelure effleurait la mienne ; l'odeur de sa chair, de sa chair jeune, m'embaumait ; tremblante, sa poitrine était agitée sur moi ; et, m'illusionnant comme elle qui était toute à son cadet, moi je croyais, comme Paul, porter aussi ma Virginie.

    [...]

    Et c'est ainsi qu'on pataugea avec de l'eau jusqu'à mi-jambe, durant plus d'une lieue, sans éprouver trop de fatigue, et tour à tour nous délassant de la façon que je vous dis, avec la rêverie d'une intrigue idéale.

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    Ils arrivent en vue des Saintes-Marie.

    Il n'y eut qu'un cri : " O grandes Saintes ! " car ce sanctuaire perdu, là-bas au fond du Vacarès, dans les sables du littoral, est, comme on dirait, la Mecque de tout le golfe du Lion.

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    Là, on apprend que ce sont les Beaucairois qui, avant tous, ont le droit de descendre les châsses, tandis que, les Montpelliérains, sont les marchands du temple.

    Les Bohémiens font brûler les plus gros cierges mais exclusivement à Sainte Sara.  En savoir plus...

     

    Dans l'ouvrage Mes origines - Mémoires et récits par Frédéric Mistral, Plon, 1929

    * Laisse à penser qu'il s'agit d'une Gitane

     

     

     

     

     

     

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