• Ode aux vanniers par Theuriet

     

    La chanson du vannier

     

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Brins d'osier, vous serez le lit frêle où la mère
    Berce un petit enfant aux sons d'un vieux couplet :
    L'enfant, la lèvre encor toute blanche de lait,
    S'endort en souriant dans sa couche légère.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Vous serez le panier plein de fraises vermeilles
    Que les filles s'en vont cueillir dans les taillis.
    Elles rentrent le soir, rieuses, au logis,
    Et l'odeur des fruits mûrs s'exhale des corbeilles.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Vous serez le grand van où la fermière alerte
    Fait bondir le froment qu'ont battu les fléaux,
    Tandis qu'à ses côtés des bandes de moineaux
    Se disputent les grains dont la terre est couverte.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Lorsque s'empourpreront les vignes à l'automne,
    Lorsque les vendangeurs descendront des coteaux,
    Brins d'osier, vous lierez les cercles des tonneaux
    Où le vin doux rougit les douves et bouillonne.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Brins d'osier, vous serez la cage où l'oiseau chante,
    Et la nasse perfide au milieu des roseaux,
    Où la truite qui monte et file entre deux eaux,
    S'enfonce, et tout à coup se débat frémissante.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

    Et vous serez aussi, brins d'osier, l'humble claie
    Où, quand le vieux vannier tombe et meurt, on l'étend
    Tout prêt pour le cercueil. - Son convoi se répand,
    Le soir, dans les sentiers où verdit l'oseraie.

    Brins d'osier, brins d'osier,
    Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.



    Extrait de "Le Chemin des bois", 1867

    d'André THEURIET (1833 - 1907)

     

    Né à Marly-le-Roi, André THEURIET fut enseignant, en particulier à Tours de 1859 à 1863, puis maire de Bourg-la-Reine. Il a décrit le quartier de la Grandière à Tours dans ses romans "Michel Verneuil", "Hélène", "Les vertes saisons", "Le journal de Tristan". Le village de Villaines-les-Rochers lui a inspiré "La chanson du vannier". Il a aussi chanté la forêt de Loches. Il séjourna plusieurs années près de Grand-Pressigny. Il fut élu à l’Académie française en 1896. Il fait partie de la dernière génération du Parnasse.

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