Soutien et encouragement aux peuples nomades. Ici on croque la culture des Voyageurs, Roms, Gitans, Tsiganes, Manouches, Romanichels, Yéniches, Sintés, Bohémiens, etc.
Par Caillie
" heureux comme un roi si la corde chante "

Violoniste par Marc Chagall
Le Violon
Un artiste, dont la mise est tout un poème,
Porte des cheveux longs et gras ; c'est le bohème
Qui ne donne jamais sa veste à nettoyer
Et qui, tous les trois mois, pour payer son loyer,
Met son espoir dans quelque ahurissant miracle.
Il tient sous son menton un violon qui râcle
Avec l'ivresse des grandes vocations.
On sent que parmi les préoccupations
Qui tourmentent le plus son esprit, les cadettes
Concernent notamment les innombrables dettes
Faites depuis longtemps déjà chez le luthier,
Chez le marchand de coke et chez le charcutier.
Le grand art l'accapare à lui seul et le hante ;
Il est heureux comme un roi si la corde chante
Dans les solos remplis de lyrisme et de feu,
Et s'il attrape sans se tromper d'un cheveux
A la fin des jolis traits à grande prestesse
Le son ultime si traître en fait de justesse
A cause de l'espace épineux, exigu,
Qui seul sépare les demi-tons à l'aigu,
Tout près du chevalet sonore et de la joue.
En ce moment, sans qu'on entende rien, il joue,
Écrasant, avec des gestes d'olibrius,
Les ficelles de son faux stradivarius,
Un de ces chants liès, à puissante envergure,
Dont le contour déjà connu vous transfigure,
Arrivant soudain comme un rayon de soleil
Et vous ravigotant dans le demi-sommeil
Que donnent promptement les sonates célèbres.
Il sent courir un long frisson dans ses vertèbres,
Fronce avec âme les sourcils, fait les yeux blancs,
Démantibule son bras et se bat les flancs
Pour communiquer sa flamme à la chanterelle.
Dans son enthousiasme il chercherait querelle
Au détracteur le plus timide et pondéré
D'un chef-d'oeuvre à ce point lumineux, avéré.
Il balance tout son corps comme un imbécile,
Semblant travailler quelque hymne à sainte Cécile ;
A son gré, l'auteur d'un tel passage est un dieu.
Il passe en usant son archet. Au beau milieu
De son dos, qui reluit presque autant qu'une glace,
On voit, en haut, un grand trou carré dont la place
Saute infailliblement aux yeux les moins subtils ;
L'ouverture est comblée au moyen de gros fils
S'entre-croisant avec assez de symétrie
Pour que du premier coup on les compte, on les trie.
L'ensemble, en beaucoup plus important, est pareil
Aux vieux bas ravaudés à l'endroit de l'orteil.
En dessous, sur le drap olivâtre, on épelle
Ces mots bouillants : " dieu, que cette reprise est belle ! "
Dans l'ouvrage intitulé Comment j'ai écrit certains de mes livres (Jean-Jacques Pauvert Éditeur, 1963), dans le " chapître " Têtes de carton du Carnaval de Nice, par Raymond Roussel.
Portrait tout en finesse, en retenue
Liens :
Un autre portrait de violoniste dans l'article Bonheur et magie de la musique tsigane, passage du récit Le Village oublié - 4 années en Sibérie, Alsatia, 1950. Ouvrage de Théodore KRÖGER
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