• Le Vieux Tzigane de Mihály VÖRÖSMARTY

    Le Vieux Tzigane

     

    Cigale

     

        Attaque un air, Tzigane, tu en as déjà bu le salaire — ne balance pas inutilement ton pied. Que valent les soucis à l'eau claire et au pain sec : allonge-les avec du vin dans la coupe morose. C'est toujours ainsi que la vie s'est écoulée : tantôt en grelottant, tantôt en brûlant à flammes. Attaque ton air ! Qui sait jusques à quand tu pourras l'attaquer ? Quand deviendra gourdin l'archet aux crins usés?... Le cœur et le verre sont remplis de peines et de vin : attaque ton air, Tzigane, et ne te soucie pas des soucis !

        Que ton sang bouille comme les flots d'un tourbillon ; que ton cerveau s'ébranle sous ton crâne; que tes yeux brillent comme les lueurs d'une comète et que tes cordes résonnent plus violentes que l'ouragan. Durement comme la chute de grêlons, la semence des hommes est anéantie ! — Attaque ton air ! qui sait jusques à quand tu pourras l'attaquer ? Quand deviendra gourdin l'archet aux crins usés?... Le cœur et le verre sont remplis de peine et de vin : attaque ton air, Tzigane et ne te soucie pas des soucis !

        Apprends sa chanson de la tempête sonore, comment elle geint, hurle, sanglote, pleure et gronde, arrache les arbres, brise les vaisseaux, étouffe la vie et tue fauves et hommes. Une guerre sévit maintenant dans l'univers, faisant trembler en terre sainte le tombeau de Dieu. — Attaque ton air ! qui sait...

     

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         La planète obscure, cette terre misérable, qu'elle se roule dans son jus amer, qu'elle se purifie de tant de crimes, de boues et de la fureur des chimères. Au milieu de l'ouragan, que l'arche de Noé arrive enfin, renfermant dans son flanc un monde nouveau ! — Attaque ton air ! Qui sait jusques à quand ta pourras l'attaquer ? Quand deviendra gourdin l'archet aux crins usés ? Le cœur et le verre sont remplis de pensées et de vin : attaque ton air, Tzigane, et ne te soucie pas des soucis !

        Attaque !... Et non cependant : laisse les cordes en paix. Un jour, il y aura encore des fêtes dans ce bas monde ; quand le courroux de la tourmente sera fatigué et que la discorde aura péri sur les champs de bataille : ce sera alors que tu devras attaquer ton air avec enthousiasme, afin que les dieux eux-mêmes y trouvent du plaisir. Reprends alors ton archet et que ton front assombri s'éclaire. Que ton cœur soit rempli du vin de la joie et qu'en attaquant ton air tu ne te soucies plus des soucis du monde.

     

    Mihály VÖRÖSMARTY (1800-1855),  A vén cigány, 1854 (Le Vieux Tzigane). Traduction M. Daubresse, La Grande Revue,1906.

    Poème de sept strophes de dix vers. - Les 7e et 8e vers sont ennéasyllabiques, les autres décasyllabiques.

     

    Un poème tellement d'actualité... D. Toulmé, le 27/03/2016

     

     

    A lire et consulter, 1492, la revue internationale des arts et des lettres, numéro 1, mars 1962, qui compare différentes versions du présent texte dont celles de Cécile Nagy, jean Follain, Louis Guillaume, Marcel Béalu, Charles Le Quintrec, Michel Manoll, Jean Rousselot, Jean Dupont (pseudonyme), Anne-Marie de Backer, Robert Sabatier, Paul Chaulot, Luc Estang, et enfin de Jean Grosjean. (Sources : le document lui-même). D. Toulmé, le 14 février 2017

     

     

    Dernièrement mis à jour le 14/02/2017
     

     

    Liens :

     

    * Un poète hongrois : Vorosmarty, par M. Debresse : http://cdn.notesdumontroyal.com/document/453a.pdf (lien vérifié le 14/02/2017)

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  • Commentaires

    2
    Caillié
    Lundi 23 Janvier à 12:42

    Bonjour, merci de votre commentaire. Pouvez-vous nous dire où est consultable votre version (électronique ou papier ?) Merci d'avance

    1
    hma6hunyadi
    Samedi 21 Janvier à 01:01

    Ma traduction est meilleure que ce texte de 1906.

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